La décentralisation au Cameroun 04/11

Stanislas BINELI  

Indicateur du niveau d’enracinement de la culture démocratique du pays, la décentralisation rend effective la participation des citoyens à la gestion des affaires locales. Elle est porteuse  de réels  espoirs d’un développement durable. Au Cameroun, le processus de décentralisation est en cours et avance sereinement.        

L’histoire de la décentralisation au Cameroun est antérieure à l’indépendance du pays. On peut rappeler à cet effet que c’est en 1941 que furent créées les Communes de Yaoundé et de Douala.
Depuis ces années, la pratique de la décentralisation n’a cessé d’évoluer au Cameroun à travers l’avènement de la mise en place d’autres communes. Toutefois, c’est surtout la loi N°96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la constitution du 02 Juin 1972 qui a donné une impulsion nouvelle et un rôle accru et déterminant à la décentralisation pour améliorer et dynamiser le développement politique, social et économique du Cameroun.
        
En effet, le titre 10 de cette loi traite des collectivités territoriales décentralisées de la République, il s’agit  des régions et des communes. Si en 1996, l’institution communale était en soi une réalité bien connue autant par les aînés que par la jeune génération, Il n’en était pas de même pour les régions qui renvoyaient certes à une réalité  administrative  tout aussi connue à savoir la Province, mais déjà, le terme région que l’on découvrait  à cette occasion apportait des éléments novateurs que la loi elle-même allait se charger de décliner pour une meilleure compréhension des enjeux de la décentralisation.

 

En effet, l’enjeu majeur de la décentralisation est de promouvoir le développement durable en impliquant les populations de la base à la gestion de leurs affaires. Il s’agit d’aller bien au-delà de ce que l’institution communale permettait de faire jusque-là. Et oser franchir le pas décisif d’une grande responsabilisation des populations. Une incitation à prendre des initiatives au plan local et de s’investir dans la recherche des solutions idoines aux problèmes locaux.

 

Donner un contenu concret à la gestion de proximité et une réelle autonomie  à ces entités, en reconnaissant  à la base le pouvoir de partager l’initiative  des projets et des décisions engeant la vie  de la localité et cette de la nation, au final.

 

La loi définit et codifie le cadre d’existence et de fonctionnement optimal de cette autonomie. Ainsi, en tant que personnes morales de droit public, les collectivités locales décentralisées jouissent de l’autonomie administrative et financière pour la gestion des intérêts régionaux et locaux. La loi affirme que les collectivités territoriales décentralisées sont librement administrées par les conseils élus qui ont pour mission de promouvoir le développement économique, social, sanitaire, éducatif, culturel et sportif de ces collectivités. Par  de la cette autonomie reconnue, le Cameroun demeure un état unitaire décentralisé. La constitution précise que l’Etat assure la tutelle sur les collectivités territoriales décentralisées et veille à leur développement harmonieux sur la base de la solidarité nationale, des potentialités régionales et de l’équilibre inter-régional.

 

Proclamée par la loi constitutionnelle du 18 Juin 1996, la décentralisation annoncée restait à rendre opérationnelle en l’inscrivant dans un processus de mise en œuvre bien maîtrisé  et judicieusement encadré par la loi et les  textes réglementaires subséquents et veiller parallèlement au renforcement des capacités des acteurs impliqués à l’application concret de cette décentralisation.

 

Le cadre juridique évoqué ci-dessus appelait de toute évidence la mise en cohérence de toute la législation existante en matière d’organisation et de fonctionnement de l’institution communale et les régions pour les adapter au contexte nouveau créé par l’avènement de la décentralisation. Sur le sujet tout un arsenal législatif et réglementaire était en vigueur, notamment :

  • La constitution du 02 Juin 1972.
  • La loi N°74/23 du 058 Décembre 1974 portant sur l'organisation communale et ses divers modificatifs subséquents.
  • La loi ou 87/015 du 15 Juillet 1987 portant sur la création des Communautés Urbaines.
  • La loi N°92/002 du 14 Août 1992 fixant les conditions d’élection des conseillers municipaux.
  • Le Décret N°77/91 du 25 Mars 1977 déterminant les pouvoirs de tutelle sur les communes, les syndicats de communes et établissements communaux, plus l’ensemble de ses modificatifs subséquents.
  • Le Décret N°77/85 du 07 Mai 1996 modifiant certaines dispositions du décret N°77/85 du 22 Mars 1977 fixant les modalités de fonctionnement et de gestion du FEICOM plus l’ensemble de ses modificatifs.

La carte signalétique de l’institution communale découlant  de ce cadre  juridique affiche les données ci-après : 

  • 10 Régions ; 339 Communes dont :
    • 02 Communautés Urbaines (Ydé-Dla)
    • 09 Communes à Région Spécial
    • 11 Communes urbaines d’arrondissement
    • 11 Communautaires
    • 9963 Conseillers  Municipaux

Le mouvement associatif communal est animé par deux organisations :   

  • L’Association des Communes et Villes du Cameroun (ACVC)
  • L’union des Communes et Villes du Cameroun (UCVC) 

De même, le Fond d’Equipement et d’Intervention Inter – Communal (FEICOM) restructuré  en 2006  et le Centre de Formation pour l’Administration Municipale (CFAM) sont les deux principales structures d’encadrement des communes.

 

Les lois de Décentralisation

A la suite de la loi N°96/06 du 18 Janvier 1996 portant révision de la Constitution du 02 Juin 1972 en son titre 10 traitant des collectivités locales décentralisées, un nouveau dispositif législatif est entré en vigueur.

 

Il abroge certaines dispositions de loi N°74/23 du 05 Décembre 1974 portant sur l'organisation  communale et celle du 15 Juillet 1987 portant sur la création des Communautés Urbaines. Un ensemble de trois textes législatifs constitue l’essentiel du nouveau  dispositif, à savoir une loi dite d’orientation de la décentralisation (Loi N°2004/017 du 22 Juillet 2004) fixant les règles générales applicables en matière de décentralisation territoriale.

 

Cette loi définit la décentralisation comme un transfert par l’Etat aux collectivités territoriales décentralisées de compétences particulières et de moyens appropriés. Pour  le Législateur Camerounais, la décentralisation constitue l’axe fondamental de promotion du développement, de la démocratie et de la bonne gouvernance au niveau local. Très important à relever, les  collectivités territoriales  décentralisées exercent leurs activités dans le respect de l’Unité Nationale, de l’intégrité du territoire et de la primauté de l’Etat. Ces précisions du législateur sont des données fondamentales dans le contexte de notre pays, ou la tentation cessionniste s’est parfois manifestée d’une manière plus au moins sérieuse.

 

Votés en 2004, ces textes très attendus sont venus combler la soif de précision, de lisibilité et de visibilité qui voilait  jusque là les contours encore imprécis du processus de décentralisation annoncé avec force par le texte constitutionnel du 18 Janvier 1996.

Ce cadrage législatif rendu disponible permet désormais de lire l’ensemble du processus de décentralisation dans ses détails et donne la possibilité  de procéder de manière rigoureuse et méthodique à la mise en place  des diverses structures et de pouvoir en temps opportun l’ensemble des maillions des éléments indispensables à un fonctionnement optimal de cette délicate machine. Il va sans dire que pareille  manœuvre exige pas mal d’habilité. Une réelle  dextérité. Une véritable vision politique pour prévenir les erreurs d’appréciation souvent porteuses de lourdes conséquences au plan des intérêts immédiats des citoyens et la stabilité de l’Etat.

 

Il faut donc préparer mûrement les citoyens à assumer efficacement les responsabilités nouvelles et accrues que  leur impose le transfert des compétences, inscrit en lettres capitales dans le processus de décentralisation.

 

Partage du pouvoir au coeur de l'état unitaire décentalisé

Le nouveau contexte met en scène des acteurs nouveaux, mais appelés à prendre des initiatives cruciales  dans la gestion des affaires locales. Et ce dans les divers domaines où des compétences leur sont dévolues précisément, au plan économique, social, sanitaire, éducatif, culturel et sportif.

 

D’où les efforts de vulgarisation des textes fondateurs de la décentralisation, pour promouvoir leur appropriation optimale par les différents acteurs sociaux à travers de nombreux séminaires et  ateliers de renforcement des capacités pour permettre aux élus locaux de maîtriser leur rôle afin de faire des municipalités des centres d’application de la bonne gouvernance, et des conseils municipaux, d’authentiques écoles de démocratie. Le législateur affirme à ce propos que la Commune est la collectivité territoriale décentralisée de base. Notons a cet effet que la robustesse de tout édifice dépend de la solidité de ses fondations qui constituent sa base. C’est à dire l’importance des municipalités dans la réussite du processus de décentralisation au Cameroun. La bonne santé des régions sera à coup sûr tributaire des belles performances des municipalités qui en constituent  le socle. De la santé physique et mentale des élus locaux dépendra aussi certainement la qualité des conseillers régionaux dont ils constituent le collège électoral.

 

L’un des atouts essentiels du processus en cours est de répondre à un besoin essentiel sans cesse exprimé par la population de la base de participer à la prise de décision et à la gestion des affaires qui les concernent.

Ceci explique toute l’attention portée  au suivi des activités des élus locaux dans l’exercice  de leurs fonctions où le moindre écart  ne leur est point  pardonné.

 

Bien  au contraire, on a pu le vérifier au cours des derniers mois. En effet, de nombreux élus locaux convaincus de malversations financières, d’abus de biens sociaux, d’atteinte à la fortune publique et de délits similaires ont dû prendre la fuite ( c'est le cas du Maire de la Commune Urbaine d’arrondissement  de Yaoundé VI ) et dans tous les cas ils subissent le déshonneur de leur déchéance prononcée par la plus haute autorité du pays nonobstant les poursuites judiciaires encourues (c'est le cas du Maire de la Commune d’Eyumojock  et celui de son collègue de la Commune de  Ndom). Est- il meilleure illustration du souci permanent de s’assurer que les Communes, ces laboratoires de la décentralisation, demeurent le reflet des espoirs que la société fonde pour impulser le développement local.

 

Si l ‘échéancier politique national ne subit pas de modification, l’année 2007 devrait être une année électorale. Le mandat des députés à  l’assemblée Nationale élus en Juin 2002 arrive à son  terme en Juin 2007, celui des conseillers municipaux élus à la même date arrive également à terme.

         
Si le processus de décentralisation venait à s’accélérer après le renouvellement des conseils municipaux, la mise en place des régions pourrait voir le jour dans des délais relativement courts. C’est évidemment un processus délicat et coûteux pour lequel il vaut sans doute mieux s’avancer à pas mesurés, question de s’assurer que l’on garde la bonne cadence et donc renvoyer l’éventualité d’un faux pas au nombre des hypothèses les moins plausibles. Tant il est vrai qu’on ne joue pas au hasard avec le destin des individus. La gestion des affaires publiques fût-elle au niveau local  est tout un art qui s’apprend à bonne école. Un fiasco au plan local peut avoir de graves répercutions au  niveau central et national  et peut affecter l’ensemble du système. Courir à la décentralisation peut être un choix contestable. Il  est certainement avisé de si engager par étapes successives. Sagement.  En toute prudence !

Commentaires: 22

Bravo.Je trouve votre référence sur la newsletter de Centraider, que je trouve au retour de Yaoundé, où j'étais pour accompagner une association de lutte contre les maladies rares et orphelines, et les handicaps. Nous avons terminé par la marche internationale des maladies rares Bd du 20 mai à Yaoundé. Comme je logeais cette fois-ci à l'hôtel des députés, j'en ai vu beaucoup de près. Je n'ai pas vraiment trouvé de dialogue possible avec eux en matière de santé, alors que, au niveau centralisé de l'Etat, j'ai apprécié une fois de plus le désir de faire le mieux possible, et la bienvenue pour l'aide que nous assayons d'apporter en constituant des équipes dont font partie dans la fraternité aussi bien des français de souche que des migrants nés au Cameroun, qu'ils aient ou non le passeport français, ou des Camerounais, qu'ils aient ou non fait leurs études en France. Dans le CHU, j'ai eu le plaisir de retrouver un chef de service ancien élève et ami dont l'équipe fait d'excellent travail malgré une insuffisance de matériel. J'ai compris que votre association considérait la santé publique. Mais quels sont les problèmes pratiques pour donner des soins à la population de votre ville, et pour les soins spécialisés? (Yaoundé n'est pas si loin). Merci Dr J.C. Borderon Association AssPIC (Tours).
Dr J.C. Borderon  |  12 Mars 2010
The informations given here are not up to date. Can you please update the information? can you also kindly send to me the text on the definition of local collectivities; that is, the ddefinition of Urban or city councils, suddivisional councils and councils. Thanks alot in advance.
DINGA Octavian  |  27 Décembre 2011
Je trouve également cette reférence intéressante dans le contexte didactique en ce sens qu'il exhorte la société civile à prendre aussi les les choses en main dans le but de promouvoir l'émergence de notre pays.Cela dit donc que nous devons également aléger la tàche au pouvoirs en étant actifs au quotidien.
meyong madeleine alexandra larissa  |  6 Juin 2012
Nguélémendouka par Hanse Gilbert Mbeng Dang Le Prince NKAL MENTSOUGA : ARTISAN DE L'HEGEMONIE OMVANG Nkal Seleg et son fils Nkal Mentsouga apparaissaient à travers tous les témoignages que nous avons recueillis, comme deux hommes exceptionnels dont le destin fut de modifier le cours des événements de leur région, d'en marquer l'histoire d'un sceau particulier, avec détermination et habileté. A. DEUX GRANDS STRATEGES : NKAL SELEG ET NKAL MENTSOUGA Zé Nkoum est en fait le nom du père d Nkal Seleg e. En effet, Zé Nkoum voulant fuir l'esclavage chez les Yebekolo arrive dans une localité dans la zone d'Efoulan66(*). Fatigué de la marche à pieds, il se repose sur un marécage plein de sable où il est surpris en plein sommeil par les hommes qui courraient les villages satellitaires. Il est ramené chez le chef où il est pris à nouveau en esclavage. Cependant, ne connaissant pas son nom, on lui attribua le nom de `'Seleg `' ou `'Selek `' qui veut dire sable. Dès lors il s'appela `'Seleg Zé Nkoum`'. Eu égard à son bon comportement, on lui trouva une femme au nom de Kamba Mebene, originaire de la famille Chanang. Ce couple va enfanter deux fils: Nkal Seleg et Viang Seleg67(*). Le premier est celui qui retient notre attention. 1. NKAL SELEG : L'homme et l'oeuvre Si l'on s'en tient à la date du départ des Omvang du pays Yebekolo autour de 185068(*), Nkal Seleg serait né bien avant 1830 en pays Yebekolo où il fit ses premières armes. Il avait pour épouse Mentsouga Mezime, originaire de la famille Bajougue. C'était un guerrier fougueux et intrépide à en juger par la confiance que tout le peuple omvang (les deux familles Sekonda et Mgomeya) va placer en lui. C'est lui qui va provoquer la seconde phase de migration d'une partie du peuple omvang, installé à Ayos après avoir reçu d'une vielle femme les vertus du `'Boubouya `' qui lui permettait de devenir `'Nkang Domb `' (général d'armée). Nkal Seleg était au service d'un chef Yebekolo, il tomba amoureux de l'une de ses femmes, et le chef mis au courant, décida de sa mise à mort. A la suite de cet incident, les Omvang esclaves des Yebekolo se rebellèrent et décidèrent de s'enfuir grâce à l'art militaire et à la magie guerrière qu'il avait apprise. Un pacte fut scellé entre Nkal Seleg et son peuple. Celui-ci devait diriger son peuple vers un nouveau destin, et tout le peuple plaçait sa foi en lui. Il ne devait jamais trahir son peuple, faute de quoi la malédiction s'abattrait sur lui. Il mène les Omvang jusque dans la ville actuelle de Nguélémendouka où il installe son `'Mbamè `' (son village principal). Il met sur pied une armée de plusieurs centaines de guerriers et commence sa croisade. Sa première cible fut les Maka Bwanz et Ebessep, qui occupaient le site de l'actuelle ville de Nguélémendouka et son premier adversaire le `'Nkang Domb `' (général d'armée) Nkamba Melendou Celui-ci fut très vite vaincu et se réfugia à Djende, et pour avoir la paix, il dut se soumettre à Nkal Seleg en lui donnant son fils bien aimé Ifaga. On connaît de Nkal Seleg un frère Viang Seleg et plusieurs69(*) . Nkal Seleg mourut en pleine campagne en pays Bamvele, assassiné par son demi-frère Fuba ; son corps ne fut jamais ramené dans son village70(*). 2. NKAL MENTSOUGA Fils de Nkal Seleg et de Mentsouga, Nkal Mentsouga est né dans le village de sa mère Badisham71(*). Pour faire la différence entre ses enfants et pour savoir de quelle femme était issue tel ou tel enfant, Nkal Seleg associait le nom de l'enfant à celui de la mère : Nkal Mentsouga72(*). Sa date de naissance nous est inconnue, mais lorsqu'il fut fait prisonnier par les Allemands le 7 janvier 190773(*) , il avait une cinquantaine d'années environ. Nkal Mentsouga était un chef écouté, respecté, et dynamique dans sa manière de travailler, sa puissance et sa compétitivité. Il était en outre un rassembleur d'hommes. Il habitait une localité en pleine forêt. Cette localité s'appelait `'Efoulan'' car rassemblait les habitants aux origines ethniques différentes. Son charisme amena les populations des secteurs environnant à désigner son village par son no, un phénomène de métonymie bien connue. De ce fait Efoulan devint Nguélémendouka74(*). Il fut initié à la guerre par son père. Tout le monde s'accorde sur le fait qu'il avait hérité de tous les fétiches de son père75(*). Il lui succéda, et poursuivit son oeuvre de conquête, soumettant amis et ennemis, si bien que pour tout le monde, Nkal Mentsouga et son père ne font qu'un. Il attaquait un ennemi à la fois avec des lances, des flèches et surtout des armes à feu qu'il se procurait chez son ami Nanga-Eboko. Il harcelait ses ennemis en une série de guerres qui affectaient des villages entiers, les disloquant et les anéantissant dans une véritable folie meurtrière. Il reçu le pseudonyme de `'Kouo Mimbang `' (briseur de défense). Tout le monde lui était soumis et lui payait un tribut. Lorsque les Allemands arrivèrent dans la région, bien qu'ils soient déjà présents à Nanga-Eboko depuis 190076(*), ils n'osèrent pas s'attaquer au domaine de Nkal Mentsouga par le flanc comme l'affirme le major Dominik77(*) lui-même ; il fallait d'abord soumettre la zone de Bertoua, progresser à Doumé afin de prendre Nkal Mentsouga et les Omvang en tenailles car ils étaient redoutables et il fallait réduire les pertes de l'expédition. Après une rude bataille le 03 decembre 1906 à Efoulan contre les Allemands, Nkal Mentsouga se réfugia dans le village de sa mère à Badisham78(*). Trahi par les chefs Maka, il se réfugia à Nguélé Gobbo à six heures à l'Est de son ancienne résidence (Nguélémnedouka) et dû entrer en pourparlers avec le Dr Haberer79(*). Mais les pourparlers n'aboutirent jamais à sa soumission. Trahi une fois de plus par les Maka, il est encerclé par environ 2000 guerriers le 06 janvier 1907 et fut attaqué énergiquement le 07 janvier80(*). Il finit par se rendre au major Dominik le même jour. A propos de sa reddition, le major Dominik écrit : Comme Nguélémendouka n'avait jamais encore été soumis et combattait en somme pour la sauvegarde de son pouvoir hérité, sans rompre avec un contact, et parce qu'il n'avait pas été fait prisonnier par moi avec les armes à la main, je ne me sentis pas autorisé à la considérer commerebelle. Je lui demandai donc comme preuve de sa soumission, de faire construire par ses gens la route de Doumé qui traverse son territoire, de fournir 100 travailleurs de force par an et de couvrir les frais de la campagne en payant 10 grandes en ivoire 81(*). Nkal Mentsouga fut ramené à Yaoundé par l'expédition du major Dominik où il demeura plus d'un an82(*). En effet, Nkal Mentsouga trouve d'un mauvais oeil la présence allemande sur son territoire. Il engage une résistance qui se solde par sa réduction au statut de prisonnier. Charles Atangana qui éprouvait de la sympathie pour ce jeune et brave chef, l'invita dans sa cour afin de lui inculquer des notions de collaboration avec l'occupant. Mais à cause de sa germanophilie, poussée à l'extrême, Charles Atangana est autorisé par le pouvoir colonial à effectuer une visite en Allemagne83(*). Mais compte tenu des rivalités intestines qui régnaient au sein de sa cours, il jugea sage que le roi Nkal Mentsouga le remplace momentanément au trône durant son séjour à l'étranger. Au moment des adieux, Charles Atangana confia les pleins pouvoirs à son ami84(*). Le peuple Bene-Ewondo manifesta son refus de se voir administrer par un allogène. Malheureusement, après le départ de Charles Atangana, il arriva que le roi Nkal Mentsouga porta son regard sur l'épouse la plus aimée de son ami41. L'indignation des Ewondo et Bene fut sans pareil85(*). Ils informèrent leur chef en l'Allemagne. Au retour de Charles Atangana, le problème refit surface. Mais confronté à la dénégation sans de Nkal Mentsouga, le recours à ordalie s'imposa. Après l'épreuve de l'''Hellon''86(*), Nkal Mentsouga est reconnu coupable87(*). Nkal Mentsouga demanda alors à son ami Charles Atangana de lui permettre d'aller se ressourcer auprès des siens afin qu'il soit de nouveau `'un homme''88(*). Doléance qui fut acceptée par le chef de station de Yaoundé, à la seule condition qu'il renonce à ses ambitions guerrières. C'était un homme épuisé, qui avait perdu sa prestance qui regagna Efoulan. Un de ses fils Tole Nkal qui régnait à salé (sur la route Nguélémendouka-Doumé) et ses hommes tuèrent un commençant allemand. Le forfait fut imputé à Nkal Mentsouga par les autorités allemandes qui en profitèrent pour le condamner à mort. Il fut pendu à la station de Doumé vers 1912. Il eut plusieurs fils parmi lesquels Oundi Nkal, Nanga Nkal, Tole Nkal entre autres89(*). Il faut le signaler, la faiblesse du chef Nkal Mentsouga était surtout due à la participation de plusieurs chefs Maka aux côtés des Allemands.Ces Maka tenaient à se venger des sévices et tortures que Nkal Mentsouga leur avaient infligés avant l'arrivée des Blancs.En effet, il les obligeait à une obéissance aveugle. Par ailleurs, au sujet des causes liées à la faiblesse et même à l'arrestation de Nkal Mentsouga, on fait davantage allusion à des personnes telles Martin Paul Samba, Charles Atangana, commeétant celles qui avaient contriué à capturer le chef omvang. A ce propos Schlosser affirme : C'est Martin Paul Samba qui avait contribué à affaiblir le chef Maka...sans ce travail diplomatique de terrain, il aurait été impossible de vaincre le chef de guerre Maka90(*). Compte tenu des difficultés éprouvées par les Allemands vis-a-vis de leurs ennemis dans cette région, Charles Atangana dit à Hans Dominik : je veux aller là-bas et chercher le chef Maka qui vous donne tant de fil à retorde...j'irai seulement avec quelques soldats et quatre autres personnes connaissant bien la région91(*). Pendant sept jours, Charles Atangana fit appeler Nkal Mentsouga à travers le tam-tam sans qu'il reçoive un signe de la part de celui-ci. Le huitième jour, Nkal Mentsouga répondit au tam-tam en affirmant qu'il était prêt à rencontrer Charles Atangana.Ce dernier dit au chef omvang que la guerre était finie. Mais Nkal Mentsouga était convaincu que Hans Dominik voulait le faire pendre. A cette réponse, Charles Atangana usa du chantage sous prétexte que le chef omvang aurait la vie sauve s'il allait avec lui. Par contre, s'il refusait de le suivre, Dominik allait finir par l'attraper et le tuer. Par cette ruse, Charles Atangana réussit à convaincre le chef omvang et le ramena chez Dominik qui, fut très satisfait de la manière à travers laquelle son émissaire s'était acquitté de sa difficile mission. La mort de Nkal Mentsouga sonnait le glas de la grande `'chefferie'' Omvang dont il incarnait les institutions, l'unité politique et morale. Aucun des princes, qui se succéderont au gré de l'administration coloniale n'atteignit sa gloire. Toutefois, comment Nkal Mentsouga et son peuple Omvang vont-ils réussir à faire asseoir leur hégémonie en pays Maka avant l'arrivée du colonisateur ? 1 B. PROCESSUS D'IMPLANTATION DE L'HEGEMONIE DU CHEF NKAL MENTSOUGA EN PAYS MAKAS A bien des égards, la guerre fait partie de l'aventure des peuples africains en général, et ceux du Cameroun en particulier, dans la formation ou le déclin de leurs Etats et dans leurs rapports avec leurs voisins. L'histoire précoloniale de la région étudiée atteste la permanence de conflits qui ont fait rage pendant des siècles. Ceci implique que le mouvement général de l'histoire de ces régions ne saurait être appréhendé sans une mise en condition du phénomène de la guerre. L'histoire de Nkal Mentsouga et la colonisation allemande qui fait l'objet de cette étude ne saurait se départir de cette logique. Elle en constitue un exemple. Dès leur arrivée dans la région tout au début de la deuxième moitié de XIXème siècle c'est-à-dire vers1850, les Omvang sous la houlette de Nkal Seleg d'abord, et Nkal Mentsouga ensuite, vivront en état de belligérance permanent avec les Maka Bwanz et Ebessep maîtres du site jusqu'à l'arrivée des Blancs en 190692(*). Avec les Yekaba, leurs voisins du Nord, ils entretiennent des rapports pacifiques et de coopération. Bien que la guerre constituât pour Nkal Mentsouga et les Omvang le meilleur moyen d'asseoir leur hégémonie en pays Maka, elle ne fut pas suffisante, car, ils eurent recours à d'autres moyens, psychologiques et sociologiques, pour assurer le passage de la violence à la paix, bien que celle-ci fut fondée sur la terreur. 1. Les guerres d'hégémonie La guerre est l'élément principal qui favorise l'implantation des Omvang en pays Maka. Elle génère chez ces derniers la peur et la soumission. L'analyse du phénomène guerrier constitue certainement l'élément fondamental dans la dynamique de formation de la chefferie omvang, dans la deuxième moitié du XIXème siècle93(*). Depuis le départ des Omvang du pays Yebekolo vers de 186594(*) jusqu'à leur arrivée dans la région actuelle de Nguélémendouka quelques années plus tard, ils affrontèrent plusieurs ennemis. Ce peuple de guerriers était mené par Nkal Seleg dont le nom associé celui de `'Mpang''95(*), était synonyme de terreur, et faisait trembler de peur. Il en étaits de même pour son fils Nkal Mentsouga. Nguélé, témoin oculaire, parlant de l'époque de Nkal Mentsouga qu'il a vécu dans sa tendre jeunesse dit qu'elle était pire que celle des blancs. Nya Nkal Mentsouga dei, dit-il, kuma ku bwagwe mouod, Nya Mitang Ngungu. (Pendant la période Nkal Mentsouga, le manioc ne dormait jamais dans le ventre, parce qu'il fallait combattre tous les jours, la période des blancs était un peu mieux). Nkal Mentsouga harcelait ses ennemis en permanence, ses attaques répétées contraignaient à la reddition totale. Cette pratique est désignée sous l'appellation de `'Boubouya''96(*). Premier conflit entre Omvang et Maka Le premier conflit entre Omvang et Maka eut lieu dans le site actuel de Nguélémendouka. Les Maka conduit pars Nkamba Melendou ne voulurent jamais céder leur territoire à Nkal Seleg qui avait décidé de s'y établir avec son peuple. La confrontation dura, dit-on, des semaines97(*). Devant la fouge des guerriers Omvang, Nkamba Melendou finit par céder et s'enfuit vers le Sud-Est pour s'établir à Djené situé à environ 10 kilomètres de Nguélémendouka sur la route de Doumé. Ce refuge ne suffit pas à Nkamba Melendou pour avoir la paix, il devait, selon les conditions posées par Nkal Seleg se soumettre en payant un tribut de femmes, et surtout son fils aîné Ifaga qu'on appellera désormais Ifaga i Nkal98(*). Les Ebessep durent eux aussi décamper pour se réfugier à Samba au Nord-Est, à une huitaine de kilomètres de Nguélémendouka. Malgré cela, ils subirent toujours les assauts Omvang jusqu'à ce qu'ils soient soumis complètement et payent tribut à Nkal Seleg, et plus tard, à son fils Nkal Mentsouga.99(*). A propos de cette domination omvang, le vieux Nguélé pense que : Les omvang nous ont dominé parce qu'ils possédaient le `' Boubouya''. Avec çà, ils ont affaibli nos parents et les ont dominé. Pour ne pas périr, chaque village prenait des filles et des cadeaux qu'il apportait au chef Nkal Mentsouga pour avoir la paix. Alors le village intégrait son domaine et à partir de ce moment il participait à d'autres campagnes militaires aux côtés des Omvang100(*). Opérations militaires et techniques de guerre chez les Omvang Nous présentons les causes des guerres, la formation et l'équipement des armées, puis l'armée en campagne. Nous examinons également l'importance des pratiques magico - religieuses dans cette société. Les motifs de guerre sont multiples, si multiples que les Omvang de Nkal Mentsouga seront en campagne permanente. La recherche d'un territoire est la première cause des guerres Omvang contre les Maka. Les Omvang cherchaient un territoire pour s'établir et s'organiser. D'autres raisons justifient ces opérations, à savoir la recherche des femmes à épouser. Il faut noter que Nkal Mentsouga prélevait dans les villages vaincus était surtout constitué de femme. C'est pour cette raison que, pendant la guerre, les femmes étaient toujours épargnées. La jalousie, la convoitise et la lutte pour l'hégémonie étaient aussi causes de guerres. Nkal Mentsouga comme son père Nkal Seleg, ne pouvaient tolérer l'existence dans la contrée, d'un autre chef prestigieux. Tous devaient leur être soumis. Ainsi il parcourait toute la région jusque sur les bords du Nyong. Pierre Mekok nous dit : Qu'il n'y a que le fleuve qui a empêché vos parents d'aller combattre les Maka Bebend. 101(*) Les Maka vivant le long du Nyong affirment que les omvang venaient jusque-là et terrorisaient tout le monde. Lors d'un de ses passages à Angossas, Nkal Mentsouga terrorisa tellement la région que Sankong, un `' Nkang-Domb'' (général d'armée) dût s'enfuir et se réfugier à Ankouadjol dans le village de Konaké (Njong-Kol) parce que, disait-il ;il ne pouvait se soumettre à l'autorité d'un autre homme102(*). Les guerriers Omvang (Ndendomb) ne recevaient aucune formation particulière. Les jeunes gens se formaient dans le tas dans des activités comme la chasse, les travaux difficiles, mais surtout à travers des jeux virils comme le `'ching `', la lutte traditionnelle qui opposait des jeunes gens au corps à corps, ou encore le `'Ntsegue'' où les jeunes gens rivalisaient d'adresse au lancer de la sagaie. Un gros fruit (Ntsegue) rond était lancé à toute vitesse par un jeune homme robuste et les jeunes guerriers alignés d'un côté lançaient leur sagaie `'Chougou`' pour la transpercer et arrêter sa course. Pour ce qui est de l'armement, le major Dominik nous apprend que : Les Omvang du chef Nguélé Mendouka combattaient avec des mousquets103(*). Ces fusils leur parvenaient par l'intermédiaire des Yekaba du chef Nanga Eboko, des Yesum et même des Yebekolo qui eux, étaient en contact avec les middle men, et plus tard avec les Blancs. En dehors de ces fusils (Nkièl) leur armement traditionnel était constitué de lances (Nkoing), de l'arc (Banga) et flèches (Bilaï), de machettes (Nfa) et de couteaux (Ba'ague) pour des armes offensives, et du bouclier (Bnou) pour ce qui est des armes défensives. Les parures de guerre étaient faites de peau de bête (Koudou) que l'on portait comme cache-sexe, ou du `'Apwag `' cache-sexe vulgaire fait d'écorce d'arbre. La peau de bête pouvait également être confectionnée sous forme de chapeau. Le visage des guerriers était peint en blanc avec du kaolin (Feum) signe de deuil dans la région. Certains et surtout les grands guerriers avaient le visage peint en rouge avec un filtrat appelé `'Ko'ong `' qui avait le pouvoir de faire reculer les ennemis. Il faut noter que les autres guerriers avaient aussi tous des gibecières. Le Nkang domb lui-même, commandant des troupes avait le visage peint en rouge, et une plume de perroquet (Cha'al kouss) vissé dans les cheveux ; sur l'épaule une gibecière et autour des reins des petits paquets (Bouffe) contenait des fétiches. L'existence du `'Bouffe `' dans la panoplie du guerrier souligne l'importance accordée aux pratiques magico-réligieuses dans la société omvang. Dans le village, il existait des géomanciens au service du chef (Nko'ong) lui prédisait le déroulement des batailles. Chaque guerrier était consulté, et recevait un fétiche qui lui était propre. Nkal Seleg était lui-même dépositaire du `'Boubouya `' ce fétiche ramené du pays Yebekolo, lui conférant pouvoir et autorité sur son peuple. Il le céda à son fils Nkal Mentsouga qui en fit le même usage. Les campagnes de l'armée Omvang étaient longues et concernaient les contrées assez éloignées de leur chefferie104(*). Celles-ci duraient deux à trois semaines. Les Omvang allaient combattre jusqu'à Angossass et même Bagbetout situé à plus de 60km de leur fief105(*). Nkal Seleg mourut en campagne en pays bamvele. C'est le «Nkang Domb » qui choisissait la cible à attaquer, c'est encore lui qui mettait les guerriers en route pour la guerre. Ils se regroupaient dans un campement proche de la cible à attaquer, et fonçait en masse sur l'ennemi. Le «Nkang Domb » se mêlait exceptionnellement au combat, sauf lorsque l'ennemi s'avérait coriace. Lorsqu'un village était vaincu, le chef déclarait : `' Me Ve Ngui Mpang `' (j'ai intégré les Mpang)106(*). En signe de reddition, il donnait des femmes et des esclaves au chef omvang. Celui-ci désignait un de ses fils ou, à défaut, un de ses lieutenants pour diriger provisoirement le village en attendant que naisse un prince issu de son union avec une femme ce village. Les Omvang trouvaient commode qu'un neveu gouverne le village de ses oncles maternels. C'est avec cette armée que Nkal Seleg et plus tard son fils Nkal Mentsouga réaliseront dans la région une intégration politique de grande envergure. Face l'armée omvang de Nkal Mentsouga, quelles étaient les forces qu'opposèrent leurs voisins ? Etaient-elles numériquement et qualitativement importantes pour faire un contre poids ? A propos de l'armement des Maka, principaux adversaires des Omvang, le major Dominik écrit : Les Maka sont moins pourvus de fusils et de poudre que leurs voisins... mais ils se servent habilement de l'arc et de la lance et utilisent avec beaucoup d'habileté des fosses, des flèches de pied et de l'abdomen qu'ils fixent dans de hautes herbes ou dans la brousse de telle façon que toute personne non initiée marche dessus et se blesse grièvement107(*). Le handicap des Maka dans leur confrontation avec les Omvang était organisationnel et numérique. Leurs actions étaient très limitées et parfois individuelles. Cette tactique éprouvée face à l'occupant allemand fut peu efficace devant des adversaires qui étaient très adaptés à ce milieu écologique et pratiquant techniques de combat très habile. Vis-à-vis des Yesum et des Yekaba réputés très belliqueux, les Omvang entretenaient des rapports de convivialité. Ils échangeaient de l'ivoire, des essences rares et du caoutchouc contre des armes à feu, des tissus et autre pacotille. Avec les Yebekolo, c'était pareil qu'avec les Yekaba. D'ailleurs Nkal Mentsouga, de son retour d'exil à Yaoundé où il avait été amené par les Allemands,108(*) envoya son fils Nanga Nguélé chez les Yebekolo pour être initié à la guerre. Ainsi la guerre fut le facteur prépondérant dans la dynamique d'évolution de la société Omvang sous Nkal Mentsouga, et, bien qu'elle fut le socle de son hégémonie. Elle n'était pas suffisante pour asseoir sa domination. 2. Les autres facteurs de domination Il s'agit ici des facteurs non matériels résultant du climat de violence que Nkal Mentsouga et les Omvang avaient installé dans la région. a. Facteurs de domination psychologiques Nkal Mentsouga et les Omvang se sont assis sur nos têtes... Ce sont les blancs qui les ont rabaissé109(*). Cette déclaration du vieux Nguélé décrit imparfaitement l'ambiance qui prévalait dans la région avant l'arrivée des occidentaux. Durant notre entretien, il parle de la période de Nkal Mentsouga, qu'il vécut dans sa tendre jeunesse, avec une certaine frayeur et se réjouit pour nous qui n'avons pas véçu cette époque. Dans la mémoire collective de ceux qui connurent les Omvang, la peur et le complexe d'infériorité sont loin d'être effacés, à en juger par leurs attitudes et leurs propos. Ils seront subjugués par la personnalité Omvang et ne pourront que subir de manière assez passive les assauts répétés, les multiples caprices des chefs Omvang sans pouvoir réagir. Les Omvang avaient fière allure comme le dit Ava Nguélé. Aujourd'hui les Omvang narcissiques, parlent d'eux-mêmes avec fierté, suffisance et traitent encore leurs voisins avec mépris et arrogance. Zeh parlant des Maka de Nguélémendouka nous affirme que : Tous ceux que vous voyez là ne sont pas des Omvang, ce sont des esclaves que nous arrêtions au cours des batailles. La terreur qu'inspirait Nkal Mentsouga et ses Omvang, engagea leurs voisins Maka Bwanz et Ebessep à une obéissance aveugle. Nkal Mentsouga avait compris avant Rousseau que : Le plus fort n'est jamais assez fort pour demeurer toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et l'obéissance en devoir110(*). Son comportement dominateur et méprisant sera préjudiciable au chef Nkal Mentsouga. En effet, son arrestation fut favorisée par les Maka. Nkal Mentsouga n'avait pas d'amis dans la région. Tous ses alliés étaient de circonstance qui ne collaboraient que pour éviter des représailles. Lorsque le major Dominik décide de soumettre la région de Nguélémendouka le 7 décembre 1906111(*), Nkal Mentsouga s'enfuit à Badisham dans le village de sa mère112(*), où il fut trahi par les chefs de la région. Schlosser, le chef d'une section de l'expédition du major Dominik constate dans son rapport du 11 décembre 1906 que : Tous les chefs veulent participer à l'action contre Gelle Menduka. Gelle Menduka leur aurait traité abominablement et leur aurait empêché d'entrer en relation avec les Européens113(*). L'arrivée des occidentaux était salutaire pour tous les voisins des Omvang ; mais ils sortaient d'une sujétion pour tomber dans une autre, le colonialisme. b. Les facteurs de domination sociologiques : les relations matrimoniales Les Omvang après chaque victoire prenaient des femmes et des esclaves en guise de butin de guerre. Les femmes devenaient les épouses des guerriers qui, il faut le signaler étaient presque tous polygames. Les esclaves peuplaient la `'chefferie `' et à la longue devenait des citoyens ordinaires. Tout ce butin constitué de femmes, d'esclaves et de cadeaux divers assuraient non seulement le prestige du `'Nkang Domb `' (général d'armée) et de ses guerriers mais constituait surtout le signe évident de la domination Omvang. Le chef Omvang s'en servait pour assurer sa main d'oeuvre sur les villages conquis. Ainsi les princes qui naissaient à la cour étaient appelés à administrer le village de leur mère. Dans cette région, le `'Taa `' (neveu) jouit de beaucoup de liberté et de faveurs de la part de ses oncles maternels, les `'Kougu `'. A titre d'exemple, la coutume admet que le neveu peut dans le village de sa mère, s'approprier la bête domestique de son choix (poulets, chèvres, cochons, etc...) sans être inquiété. Il peut pousser l'audace en utilisant impunément la femme de son oncle maternel sans qu'on ne parle d'adultère. Cette coutume était largement utilisée par les chefs Omvang. Aava Nguélé nous signale le cas d'un Mimbang qui ne put gouverner le village de Ngoap (village situé à 35 km de Nguélémendouka, vers Abong-Mnag) car il n'avait aucun lien de parenté avec ses habitants et n'était pas accepté ; Ntolé Nguélé n'eut pas semblable mésaventure, et dirigea les Banyié, le village de sa mère sans aucune difficulté114(*). Ce facteur de domination lié aux relations matrimoniales a eu un effet pervers au sein de la société omvang. Et pu être considéré comme une espèce de `'cheval de Trois `'. En effet, il va favoriser l'assimilation complète des Omvang qui vont devenir culturellement et linguistiquement dépendant des Maka. Les épouses et mères étaient toutes Maka. Celles-ci, étaient vecteurs de cette civilisation. Le rôle de nombreux esclaves qui inondaient la cour Omvang ne peut être négligeable. Ces esclaves jouèrent le même rôle que les femmes. A l'arrivée des occidentaux, il était difficile de distinguer un Maka d'un Omvang115(*). Enfin de compte, les Omvang avaient certes vaincu les Maka, mais ce ne fut qu'une victoire à la Pyrrhus car, ils furent vaincus culturellement et pour toujours. * 66 Efoulan est une localité limitrophe entre l'ethnie Yebekolo et Omvang. Il ne s'agit pas ici de Efoulan, localité qui deviendra plus tard Nguélémendouka, signe de reconnaissance de la bravoure et du rayonnement de son fondateur Nkal Mentsouga. * 67 Albert Elang Engamba, Administrateur civil municipal de Nguélémendouka, interrogé le 24/12/2004. * 68 P. Laburthe Tolra situe cette date à 1865. Nous la situerons-nous à 1850, compte tenu de l'âge approximatif de Nkal Mentsouga lorsqu'il fut appréhendé en 1907 par les Allemands. * 69 Nkal Mentsouga qui était l'aîné et successeur de son père ; Mpouam Mentsouga qui restait dans la zone périphérique appelée Nkolbana ; Zock Mentsouga qui habitait dans la zone de Zock Mekoié et Kambang Mentsouga qui habitait au quartier Loun * 70Pierre Mekok, Ancien conseiller du chef supérieur Kamada, interrogé le 26/12/2004 à Nguélémendouka &Gilbert Zeh , petit-fils de Nkal Mentsouga, interrogé le 26/12/2004 à Nguélémendouka & Cosmax Ndi, Notable Omvang Ngomeya, interrogé le 29/12/2004 à Nguélémendouka. * 71 ANY, TA 29, Cote 93- Vol 8-920 F° 42-48. * 72 René Zé Nguélé , interrogé le 25/01/2005 à Yaoundé. * 73 ANY, TA 29, Cote 93- Vol 8-920 F° 42-48. * 74Mathurin Ayeck M., `'Les missions chrétiennes ...'', p.9. * 75Pierre Mekok & Gilbert Zeh & Cosmax Ndi. * 76 ANY, TA 29, Cote 93- Vol 8-920 F° 35-41. * 77 Ibid. * 78 ANY, TA29, Cote 93- Vol 8-920 F° 35-41 * 79 Haberer était un collaborateur du major Dominik. C'était un médecin dont le camp était installé à Nguélémendouka par l'expédition. * 80 ANY, TA 29, Cote AZ 93-Vol 8-920 F° 35-41. * 81 Ibid. * 82Gilbert Zeh, interrogé le 26/12/2004 à Nguélémendouka & Pierre Mekok interrogé le 26/12/2004 à Nguélémendouka. * 83 Hilaire Ekanga, Notable Ebessep, interrogé le 31/12/2004 à Samba. * 84 Hilaire Ekanga, Notable Ebessep, interrogé le 31/12/2004 à Samba. * 85 Joseph Atangana, notable Ewondo, interrogé le 23 avril 2005 à Yaoundé (Quartier Efoulan) * 86 C'est une écorce d'arbre utilisée en brevage de potion magique traditionnelle afin de faire reconnaître à une personne sa culpabilité ou son innocence. * 87 Joseph Atangana, notable Ewondo, interrogé le 23 avril 2005 à Yaoundé (Quartier Efoulan) * 88 L'expression « être à nouveau un homme » signifie s'abreuver des pouvoirs magico-traditionnels que tout chef a besoin pour régner. * 89 René Zé Nguélé, chef superiuer des Omvang, interrogé le 25/01/2005 à Yaoundé. * 90 E.D. Eloundou., `' Contribution des populations du Sud-Camleroun à l'hégémonie allemande `', thèse de doctorat de 3cycle, Université de Bordeaux, 1983, p.156. * 91 Ibid. * 92 Jean Nguélé, interrogé le 26/12/2004 à Samba. * 93 ANY, TA 29, Cote AZ 93, Vol 8-920. F° 127-128. * 94 ANY, TA 29, Cote AZ 92 Vol 8 -920 F° 42-48. * 95 Appellation de l'ethnie dans la région d'Omvang. * 96Jean Nguélé, interrogé le 26/12/2004 à Nguélémendouka. * 97Gilbert Zeh, interrogé le 26/12/2004 à Nguélémendouka. * 98 Mathurin Djeng Edou, chef de 3ème dégré quartier Zapi-Nguélémendouka, interrogé le 03/01/2005 à Nguélémendouka. Ifaga i Nkal revient à Ifaga fils de Nkal. * 99 Tous ces villages sont devenus des zones de culture autour de Samba. Il s'agit de Kwessa me Ntaba du village de Zjiémoud, Kanga Koumbang et Njoua me Nkamba du village de Bapeng * 100 Jean Nguélé, interrogé le 26/12/2004 à Samba. * 101 Pierre MEKOK, interrogé le 26/12/2004 à Nguélémendouka * 102 Mathurin Djeng Edou, interrogé le 03/01/2005 à Nguélémendouka. * 103 ANY, TA 29, cote AZ 93-Vol 8-920 F° 36-41. * 104 Les Omvang allaient jusqu'au Nyong et même Nkal Seleg est mort chez les Bamvele. * 105 Mathurin Djeng Edou, interrogé le 03/01/2005 à Nguélémendouka. * 106 ANY, TA 29, cote AZ 93-Vol 8-920 F° 36-41. * 107 ANY, TA 29, cote AZ 93-Vol 8-920 F° 36-41. * 108 Gilbert Zeh, interrogé le 26/12/2004 à Nguélémendouka. * 109 Jean Nguélé, interrogé à Samba le 26/12/2004. * 110J.J. Rousseau., Du Contrat social, Paris, Bordas, 1972, p.447. * 111 ANY, TA 29, Cote 93- Vol 8-920 F° 127-129. * 112 ANY, TA 29, Cote 93- Vol 8-920 F° 35 - 41. * 113 Ibid. * 114 Cosmax Ndi, interrogé le 29/12/2004 à Nguélémendouka. * 115 APA 10800/2, rapports de tournées,1907CoteAZvol89189F°10-12.
Mbeng Dang  |  2 Mai 2013
Bonjour, tout le plaisir est pour moi te pourvoir travailler avec vous dans le cadre de la decentralisation en faite je suis etudiant en decentralisation a l'universite SOA. MERCI
mel  |  3 Décembre 2014
JE VEUX SAVOIE TOUT SUR LA DECENTRALISATION
ELI  |  11 Février 2015
la décentralisation peut-elle mettre en mal l'unité du Cameroun?
sebdou  |  14 Mai 2015
merci pour la recherche approfondie sur la décentralisation camerounaise.j'avoue que je sors delà riche en informations.bravo.
offo'o  |  16 Septembre 2015
je veux savoir en quel année a été installée le centre communautaire nkoul-nam de Nanga-Eboko la date le jour et l'année et par quel ministre
AYE ALEXIA ANNE MICHELLE  |  9 Octobre 2015
Grand merci, je suis Omvang,village Andom Omvang Guinee Equatoriale.
Jose Mba Abeso  |  27 Octobre 2015
C'est un travail qui merite encouragement, chapeau.
PISSI ENOK LARKAMLA  |  20 Décembre 2015
je suis chercheuse et vous prie de me permettre de comprendre un peu plus mon sujet d'études: DROIT DE COLLECTIVITÉS TERRITORIALES DÉCENTRALISÉES ET ENVIRONNEMENT AU CAMEROUN. SURTOUT DES ADRESSES UTILES. MERCI D'AVANCE
FATIME  |  21 Février 2016
je suis vraiment tres ravi à la fin de ma lecture ;en fait j'ai fait le cours d'institution et droit de la decentralisation etant entendu ke je suis etudiante en licence 1 à la faculte de science juridique de l'univ de ngaoundere annexe de garouaet j'ai renforcé mes connaissances sur la decentralisation grace à vous mreci bocoup
rahana  |  9 Mars 2016
Dabord je tiens à vs remercier pour cette édification. Toute fois la loi du 22 juilet 2004 qui devrais reformer la sphère décentralisé n'est effectivement pas l'abri de nos reproches. Qui dit décentralisation dit transfert de compétence qui transfert de compétence dit autonomi et indépendance de la collectivité ceci dans le but de la bonne gouvernance qui passe sans doute par la "gouvernance locale". Pour quoi on arive toujours pas à parler de bonne gouvernance au Cameroun? Est ce parce que la décentralisation n'est pas effective? Est ce parce que le pouvoir central contrôle et gère toujours les collectivités territoriales décentralisées? Est ce parce que comme le disait un penseur " c'est le même marteau qui frappe on a juste raccourci le manche"? Je croi ke toutes mes questions sont des questions réthoriques.... C'est le Cameroun c'est l' Afrique est c'est notre spécificité et notre originalité dans le négatif qui font notre "démocratie". Jean baptiste Gwet étudiant en master sciences politiques à l' université de yaoundé2 Soa
Jean baptiste Gwet  |  22 Mai 2016
Quelles sont les organismes mondiaux qui s'occupent des collectivités territoriales décentralisées?
Jean baptiste Gwet  |  22 Mai 2016
bsr a vs tous j vdrai savoir quelles sont les limites de la decentralisation au cameroun aux regards des differents textes surtout sur les communes cameroun .ma recherche en master
oyono brice  |  16 Août 2016
bonsoir a tous, je voudrais savoir quelles sont les difficultés inhérentes à la mobilisation des ressources fiscales locales au Cameroun
MEWAMBO JUBERTINE FLORE  |  27 Août 2016
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weefbatoAroto  |  8 Décembre 2016
JE SUIS UN ELÉVE AU LYCÉE TECHNIQUE DE MAGA
BRO  |  22 Décembre 2016
Bsr a tous j vdrait savoir le resume de l'article 9 juqu'article14
Mbaindiguim  |  1 Décembre 2017
Résumé de la loi numéro 2004/017 22 juillet portant orientation de la décentralisation
Hibé pagoueuh  |  1 Décembre 2017
Le Résumé de la loi numero 2004/017 22juillet portant l'orientation de la décentralisation .
Augustin Selgue  |  1 Décembre 2017
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